BRIQUES à BRANQUES

Je suis heureux d’annoncer ce nouveau roman Briques à branques paru le 15 mars aux Editions Cours Toujours. Outre des informations sur le livre, vous trouverez le calendrier des rencontres-signatures à venir. N’hésitez pas à me contacter et à partager votre lecture !

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Briques à branques

Dans un paysage que seule la brique anime, Gigi le marginal, le visionnaire, l’allumé, le voleur de chiens, creuse… Il ne sait pas ce qu’il cherche, mais il n’a pas le choix : c’est Armande, son amie décédée, qui lui a dit de « creuser » et de « suivre la brique ».  Avec l’aide de l’insaisissable Paula, Gigi va bousculer le quotidien de l’écrivain Charles et tous trois vont se lancer dans une improbable chasse au trésor.

Briques à branques,

Format 13 x 18 cm
96 pages /  14 €
un carnet de curiosités en couleur

Trouver le livre, c’est simple !

http://courstoujours-editions.com/nos-livres

Où trouver Briques à branques ?
La liste s’allonge tous les jours.
Voici les principales librairies qui nous soutiennent (et toutes les librairies vous les commanderont si les livres ne sont pas encore en magasin) :
– Studio livres, Abbeville
– Pages d’encre, Amiens
– La librairie du labyrinthe, Amiens,
– La librairie Martelle, Amiens
– La grande librairie, Arras
– La Bailleuloise, Bailleul
– La librairie Bonduelle, Cambray
– La librairie des fables, Château-Thierry
– Les livres enchantés, Chaulnes
– Le Dormeur du val, Chauny
– La librairie des signes, Compiègne
– Entre les lignes, Creil et Chantilly
– La Charpente, Douai
– La fabrique à rêves, Fourmies
– Le Marais du livre, Hazebrouck
– La librairie Bruneteaux, Laon
– La librairie Charlot, Laon
– Le Bateau livre, Lille
– Le Furet du Nord, Lille
– Les Lisières, Roubaix
– La librairie Hémard, Sézanne
– Inter lignes, Soissons
– L’Arbre généreux, Soissons

Rencontres et signatures

Venez au Salon du livre de Paris, parler briques et branques. E67. Dimanche. 14-17h. Avec Cours Toujours et Dominique Brisson. (Pour rappel Briques à Branques est bel et bien disponible) http://courstoujours-editions.com/nos-livres

  • Dimanche 26 mars Salon du livre Paris
  • Samedi 22 avril Librairie L’Arbre généreux, Soissons
  • 5 mai Pages d’encre et Librairie du labyrinthe, Amiens
  • Samedi 3 juin, Lire en baie, Le Crotoy
  • Dimanche 4 juin La Fontaine aux Livres, Château-Thierry
  • Vendredi 9 juin Librairie L’Arbre généreux, Soissons

. . . d’autres dates à venir prochainement !

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PARCOURS DÉCOUVERTE 2015-2016 ATELIER D’ECRITURE : VOYAGES QUOTIDIENS VOYAGES LOINTAINS

Avec la région Picardie, les Editions Cours toujours ont proposé différents ateliers d’écriture dont un mené au Lycée Jules Verne de Château-Thierry dans L’Aisne.

Cet atelier proposait à des élèves de classe de première d’écrire sur le voyage proche ou lointain (déplacement d’une journée, sortie scolaire, voyage en préparation ou simple désir de voyage).

Les intervenants étaient invités à écrire sur leurs expériences, leurs envies. Le travail était à la fois collectif et individuel.

L’originalité de cet atelier était de mêler une grande palette de médias.

Nous sommes heureux de vous faire découvrir un premier aperçu des réalisations des participants à l’atelier.

www.courstoujours-editions.com

 

L’atelier était aussi animé par Dominique Brisson pour les lectures à voix haute.

http://dbrisson.uniterre.com

 

et par Philippe Lopresti pour l’illustration.

http://www.illustresinconnus.comhttp://illustration-lopresti.comhttp://philippeloprestijunior.ultra-book.com/book

 

Le troisième carnet sera publié ici la semaine prochaine. 

 

Nous tenons à remercier Le Lycée Jules Verne et Mme Marinie Bonne, la professeure de la classe, pour son accueil. 

 

 

 

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IRVING PENN Corner

Gypsy Rose Lee by Irving Penn

Gypse Rose Lee

 

Igor Stravinsky by Irving Penn

Igor Stravinsky

Marlene Dietrich by Irving Penn

Marlene Dietrich

Martha Graham by Irving Penn

Martha Graham

 

Salvador Dali by Irving Penn

Salvador Dali

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Spencer Tracy

Truman Capote by Irving Penn

Truman Capote

Wallis Simpson by Irving Penn

Wallis Simpson

Marcel Duchamp by Irving Penn

Marcel Duchamp

 

 

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Rencontre

Venez dimanche 11 octobre au salon du livre Lisons le cinéma à la médiathèque Jean Moulin de Margny-lès-Compiègne. J’y serai vers 15h et à 16h30 je rencontre le public pour parler cinéma et littérature.  

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Colette et la guerre 1914-1918. épisode 1 : la nouvelle

Alors que des initiatives autour de l’auteur se sont multipliées dont un recueil d’articles sur les années de guerre de Colette et une exposition sur le sujet dans le musée qui lui est consacré (à Saint-Sauveur-en-Puisaye)  http://www.lyonne.com/Culture-et-Vie-Locale/Musees-et-chateaux/Colette-et-la-Grande-Guerre , je reprends quelques réflexions sur le sujet faites depuis quelques années et dont le point de départ est un travail universitaire (1998-1999). Il est ici remanié et publié en différents épisodes tout au long du mois d’août. Il reprend les écrits de Colette pendant la Grande guerre (articles, correspondances). Parmi les éléments complémentaires, il sera également question de la présence de la Grande guerre dans son oeuvre à travers les romans (Mitsou ou comment l’esprit vient aux fillesLa fin de Chéri), les souvenirs écrits a posteriori et un manuscrit inachevé, une pièce de théâtre intitulée Chéri Soldat. Ces écrits sont confrontés à ceux de ses contemporains et notamment ses contemporaines françaises (témoignages de Annie de Pène, Marguerite Moreno, Musidora, Anna de Noailles), américaines (Gertrude Stein, Edith Wharton), néo-zélandaise (Katherine Mansfield)…

Bel été.

©centre d'études Colette

© centre d’études Colette

 

épisode 1 : la nouvelle

Au cœur de cet été, nous sommes assaillis par la déferlante émotionnelle des commémorations du centenaire de la déclaration de guerre d’août 1914. Bien entendu, il est question de bravoure, d’héroïsme militaire, de douleurs civiles, de traces des combats sur le paysage. Et il est aujourd’hui question de valoriser la réconciliation entre nations ce qui alors était inimaginable il y a peu. Au-delà des combats, des stratégies militaires, des évolutions techniques faisant de ce conflit une guerre industrielle, l’historiographie assez récente de la Grande guerre a permis d’ouvrir tout un éventail de réflexions dépassant les anciennes façons de penser la guerre et d’inclure dans son étude « un ensemble de représentations, d’attitudes, de pratiques, de productions littéraires et artistiques qui a servi de cadre à l’investissement de populations européennes dans le conflit[i] ». C’est ce que les historiens nomment la culture de guerre. Grâce à ces matériaux autrefois négligés, il est dorénavant possible d’explorer la guerre autrement.

Dans ce cadre, les textes qualifiés de secondaires écrits par certains écrivains ont été revalorisés, pour leur qualité littéraire mais surtout pour leur intérêt historique car le contenu dévoilé permettait d’apercevoir ce qu’était, par exemple, la société en guerre, ce qu’on appelle « l’arrière ».

Dans cette optique, revaloriser les écrits de Colette pendant la guerre participe de ce désir de comprendre cette société. Si l’auteur et la femme Colette a fait l’objet de nombreuses études, cette période de sa longue vie a longtemps été qualifié de secondaire, on y voyait alors peu d’intérêt. Les exégètes pensaient que l’histoire était la « grande absente[ii] » de son œuvre, et « il est patent que les événements et les convulsions qui secouaient le monde n’ont jamais mobilisé la plume de Colette[iii] ». Depuis ces déclarations, les universitaires et les spécialistes de l’auteur ont largement contribué à nuancer ces jugements[iv], d’autant plus que ces quatre années de guerre sont d’une vraie richesse pendant lesquelles Colette montre une activité débordante entre voyages et écriture.

En 1914, Colette n’est plus tout à fait l’auteur qui faisait scandale en dansant nue dans des pantomimes aux côtés de sa compagne Missy : elle est mariée à Henry de Jouvenel, journaliste au Matin, grand quotidien d’alors et journal dans lequel elle tient une chronique régulière depuis 1910. En 1913, naît leur fille Colette de Jouvenel et à cette date elle cesse momentanément de monter sur scène. Depuis la séparation avec le sulfureux Willy, elle poursuit son travail d’écrivain, publiant notamment La vagabonde (1910) et sa suite L’entrave (1913) avec succès. La guerre n’est pas un arrêt dans son travail au contraire. Jouvenel mobilisé, l’argent manque et la nécessité de fournir des articles reste d’actualité et la guerre ne saurait être évitée dans les thèmes qu’elle aborde.

Mais le 15 juillet 1914, à quelques jours de la déclaration de la guerre, le conflit semble loin. En vacances en Bretagne, un journaliste de Fémina l’interroge sur la mode vestimentaire à suivre pendant les vacances. Le 1er août, c’est la stupeur telle qu’elle la décrit dans le texte « la nouvelle » publiée dans le recueil d’articles, Les heures longues, paru en 1917. « La guerre ?… Jusqu’à la fin du mois dernier ce n’était qu’un mot, énorme, barrant les journaux assoupis de l’été. La guerre ? Peut-être, oui, très loin, de l’autre côté de la terre, mais pas ici… ». Le mot guerre est absurde, il est à peine pensable, il s’incarne brutalement dans « ce paradis [qui] n’était point fait pour la guerre, mais pour nos brèves vacances, pour notre solitude. » Dans sa correspondance, elle assure à un ami, à la même date, que « Sidi [Henry de Jouvenel] m’écrit ce matin qu’il croit encore à la paix et que l’aspect de Paris, inquiet mais excité et crâneur, n’est pas déplaisant. » Mais cet optimisme est vite balayé par l’annonce de la Mobilisation générale. Dans son texte « La nouvelle », elle égraine les minutes où tout bascule « (…) un coup de tonnerre entrait en même temps que nous : la Mobilisation Générale. Comment oublierais-je cette heure-là ? Quatre heures, un beau jour voilé d’été marin, les remparts dorés de la vieille ville debout devant une mer verte sur la plage, bleue à l’horizon (…) ». De sa position, à la fois concernée et observatrice, elle note la réaction des gens, leur peur, la panique après la stupeur en insistant sur les mots guerre et la phrase c’était la guerre : « des femmes quitte les groupes en courant, s’arrêtent comme frappées, puis courent de nouveau, avec un air d’avoir dépassé une limite invisible et de s’élancer de l’autre côté de la vie. »

Marguerite Moreno est une comédienne, grande amie de Colette, elle a tenu un journal[v] pendant le mois d’août 1914, qui est un précieux témoignage. Moreno, comme Colette, n’est pas à Paris mais à Vittel lors de la déclaration de la guerre. Elle évoque, le 1er août un mouvement de panique, les gens quittent la ville dans une cohue « prodigieuse », les trains sont pris d’assaut, « On est serré à étouffer, des montagnes de bagages s’entassent jusqu’à la hauteur d’un premier étage et forment une colline au sommet de laquelle sont montés des gens qui hurlent on se sait quoi, en gesticulant. Des femmes pleurent, des enfants vagissent dans les bras des mères. On étouffe. » Plus tard dans la journée, à Mirecourt, un gendarme annonce la Mobilisation générale, « on sent que la nouvelle se disperse aux quatre vents et entre comme une odeur de poudre et de mort dans les petites maisons aux volets clos. (…) Je serre les dents et je ferme les yeux pour empêcher de sortir le sanglot et les larmes qui viennent. » L’américaine Edith Wharton est également en France à ce moment, elle écrit dans Voyages au front, que la guerre était « impossible » et, au moment de la Mobilisation générale, les gens restent calmes. Elle souligne qu’il « n’y avait ni vivats ni gestes ». Les visages sont « graves mais non tristes », la mobilisation est « une interruption formidable dans le cours normal des affaires, pareille à la rupture soudaine d’une digue ». Enfin ce même 1er août, Marie Curie rassure ses filles Irène et Eve en vacances en Bretagne, « Ne vous affolez pas. Soyez calmes et courageuses », « la communication par le chemin de fer semble déjà difficile, la gare Montparnasse présentait hier un aspect de presse et d’agitation exceptionnel ». Elle finit sa lettre par ce post-scriptum « Tu as vu, Irène, que ce pauvre Jaurès a été assassiné. C’est triste et abominable.[vi] »

Pour Colette, il est temps d’abréger ses vacances et de revenir auprès de Jouvenel à Paris, « la réalité c’est Paris, Paris où vit la moitié de moi-même (…) » dit-elle dans la « nouvelle ».

A suivre………………..

 

Notes

[i] Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, « Violence et consentement : la “culture de guerre” du premier conflit mondial » in Pour une Histoire culturelle, Seuil.

[ii] Nicole Ferrier-Caverivière, Colette l’authentique, PUF.

[iii] Jeannie Malige, Colette qui êtes-vous ?, La manufacture.

[iv] Dont Claude Pichois et André Brunet.

[v] Marguerite Moreno, Souvenir de ma vie, Phébus.

[vi] Marie Curie et ses filles, Lettres, Pygmalion.

 

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Trop de choses à en dire, pour l’instant une image. Allez au cinéma voir Les Chiens errants de Tsai Ming Liang !! Magnifique, envoûtant, bouleversant…

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Et avec Telemann…

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Mars déjà

IMG_20140303_110411Si vous n’avez pas eu le temps de passer par God Save Culture en février, vous trouverez en quelques mots et en un clic quelques-unes des choses qui ont eu ma préférence durant ce mois de février, et à la fin de ce post, des pistes bibliographiques pour ceux qui voudraient en savoir davantage…

*** Pour du cinéma, dans tous ses états et genres*** Steve McQueen et 12 years a slave http://wp.me/p26ANR-6N   mais aussi une plongée dans la Pologne communiste des années 60 avec Ida  http://wp.me/p26ANR-6S et enfin de l’animation japonaise avec le grand Miyazaki, Le vent se lève http://wp.me/p26ANR-6h .

*** Du cinéma et de la littérature *** avec Jarmush et Twain qui a occupé GSC trois jours durant avec l’épisode 1http://wp.me/p26ANR-6Y l’épisode 2 http://wp.me/p26ANR-78  et les deux derniers  http://wp.me/p26ANR-7c

*** De la BD et de l’histoire*** en compagnie d’Helen Keller et Annie Sullivan c’est de ce côté. http://wp.me/p26ANR-6F

 Bibliographie pour les curieux

*** Poésie *** Walt Whitman, Feuilles d’herbe, nrf, Poésie/Gallimard / William Blake, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, nrf, Poésie/Gallimard

*** Essais *** Stéphane Audouin-Rouzeau, Quelle histoire, Un récit de filiation (1914-2014), EHESS, Gallimard, Seuil, Hautes Etudes / Janine Trotereau, Marie Curie, Biographie, Folio / Mony Elkaïm, Si tu m’aimes, ne m’aime pas, Approche systémique et psychothérapie, Points / Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Quadrige, PUF

*** Fictions*** Mark Twain, Journal d’Adam, Journal d’Eve, L’oeil d’or / Alice Munro, Fugitives, Points / Joyce Carol Oates, Les Chutes, Points

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Jarmush et Twain. Episodes 3 & 4 : Portrait d’Adam, portrait d’Eve

Aujourd’hui suite et fin du dialogue entre Jarmush et Twain. Pour suivre les deux premiers épisodes suivez ces liens, épisode 1 http://wp.me/p26ANR-6Y et épisode 2 http://wp.me/p26ANR-78.

Adam chez Twain est un homme qui se déclare libre. La présence d’Eve est donc vécue comme une entrave insupportable. Peu à peu se dessine le portrait d’un homme qui se civilise, un homme qui passe progressivement de l’état de nature pour rejoindre celui de culture grâce aux pouvoirs de persuasion de la femme, à son comportement enthousiaste et à sa curiosité perpétuelle.

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La femme est une obsédée du langage, elle passe son temps à nommer les choses, à inventer des mots, à intellectualiser sans cesse, « c’est elle, la nouvelle créature, qui donne un nom à tout ce qui se présente avant même que j’aie pu protester ». Adam la qualifie dès la première phrase de son Journal : « la nouvelle créature, avec ses longs cheveux, est toujours fourrée dans mes pattes. Toujours à traîner à mes basques et à me suivre comme un petit chien. » Exaspéré par ce réflexe langagier (« une vraie mordue de l’explication »), Adam cherche à la fuir sans arrêt avant d’être captivé par Eve et par son appétit de vivre, pour finalement conclure « il est bien préférable de vivre hors du jardin avec elle que d’être resté là-bas sans elle. Au départ, j’ai pensé qu’elle parlait trop ; mais aujourd’hui, je serais le plus triste des hommes si cette voix devenait silencieuse et disparaissait de mon existence. »

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De son côté, Eve à une mission : rendre l’homme sociable. Elle avoue parler sans arrêt car « j’ai de la conversation et elle est intéressante. » Curieuse d’Adam qui ressemble pour elle à un reptile « avec des cheveux négligés et des yeux bleus. Ça n’a pas de hanches, c’est taillé en pointe, on dirait une carotte (…) ». Elle le qualifie de vulgaire, « et la gentillesse, connaît pas ! » Mais tout comme Adam était réticent à partager sa vie solitaire avec une autre créature, les deux êtres s’apprivoisent peu à peu et les perceptions mutuelles changent, « j’ai été obligée de faire les frais de la conversation tellement il était timide, mais ça ne m’a pas gênée. (…) Socialement parlant, il m’a paru flatté de ne plus faire bande à part. » Eve, au contraire d’Adam, n’est jamais méfiante, toujours positive et animée d’une énergie débordante. Du constat enfantin, les garçons sont sales, elle modifie sa description. Peu à peu, il sera question d’amour « Bien qu’il parle rarement, il dispose d’un vocabulaire d’une richesse inouïe. Ce matin, il a utilisé un mot étonnement juste. (…) Il y a chez lui une certaine qualité de perception. Il ne fait pas de doute que si on le cultive, ce germe de sensibilité ne manquera pas de croître. »

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Quand on voit le film, il est évident que nous retrouvons Adam et Eve bien longtemps après leur apprivoisement respectif. Adam a cependant conservé, tel le décrit Twain, un côté asocial inhérent à sa personnalité torturé, dandy romantique, rock star aux penchants suicidaires, reclus dans sa maison hantée, collectionneur averti, un ange de noir vêtu, mélancolique, cultivant son spleen, refusant le monde qui frappe à sa porte. Personnage intense, tout comme Adam le sensuel de Twain le devient, c’est un desdichado nervalien « mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie », qui a le goût des mots, au savoir musical ultra précis et séculaire, affirmant son anonymat non comme une pose mais comme une protection. On se dit qu’Eve a réussi son œuvre. Eve, de son exil à Tanger (les personnages donnent toujours l’impression d’être cachés, en danger, protégeant leur secret envers et contre tout), est la vampire raffinée, cultivée, qui ne boit pas n’importe quel sang et qui est animée par la gourmandise pour les mots si bien décrites par Twain et ici parfaitement mise en image lors d’une très belle séquence. Twain lui prête ces mots : « Je crois pouvoir me montrer honnête sur bien des plans, mais d’ores et déjà, je me rends compte de ma vraie nature : ce qui en occupe le cœur et le noyau, c’est l’amour du beau, la passion du beau. » C’est le côté lumineux, l’ange blanc en quelque sorte malgré son état de vampire qui n’est cependant jamais mal vécu. Dans le film, Eve nomme les plantes dans le jardin d’Adam avec le plaisir de celle qui connaît les essences et leur dénomination latine, fascinée par les espèces, presque émue de les trouver dans cet espace domestiqué. Clin d’oeil biographique avec la présence du champignon vénéneux (Jarmush aurait subi une intoxication suite à l’ingestion d’un mauvais champignon) : le danger dans l’Eden, il y a toujours un serpent dans le paradis. Dans son Journal, Eve fait le constat suivant : « j’ai appris un tas de choses et me voilà instruite, ce que je n’était pas au départ. Au départ, j’étais complètement ignorante. » Adam chez Twain décrit bien Eve chez Jarmush « pour elle, le monde est un enchantement, un émerveillement, un mystère, une joie ; quand elle trouve une fleur nouvelle, c’est un tel délice qu’elle en reste coite, elle doit la câliner, la caresser, la humer, lui parler, et lui inventer toutes sortes de petits noms tendres. »

Les archétypes sont la base du travail de Jarmush et il s’en amuse. Adam et Eve ne sont pas tels que nous nous les imaginons, les vampires ne ressemblent pas aux images classiques. Rien n’a plus d’importance que l’amour profond qu’ils se portent l’un pour l’autre, quelque chose d’immortel, ils ne semblent pas craindre cet immortalité sauf Adam parfois las de vivre et souvent épuisé. Pour finir, Eve affirme « c’est moi, la première épouse ; et la dernière épouse sera faite à mon image. »

Et Jarmush faisait dire à un de ces personnages principaux de Dead Man ce vers d’un poème de William Blake qui traverse tout Only lovers… : « Certains naissent pour le délice exquis, certains pour la nuit infinie. » (Vous trouverez ci-dessous quelques toiles de William Blake sur le thème d’Adam et d’Eve)

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Jarmush et Twain. Episode 2 : La maison-nid

Hier dans Jarmush et Twain, épisode 1, nous avons évoqué les lieux extérieurs, ceux traités par Jarmush sont deux espaces en opposition, Tanger lumineuse et sensuelle, Détroit en décomposition presque rendue à son état de nature. Vous connaissez peut-être ces photos saisissantes de Détroit, je vous invite à consulter le site internet
http://www.marchandmeffre.com/detroit/  où vous trouverez l’ensemble de ces photographies dans lesquelles domine le sentiment d’abandon. De son côté, Twain évoque un paradis sauvage en cours d’être contrôlé par l’homme (il parle de « parc ») et plante son décor dans un lieu impresssionnant et symbolique, les chutes du Niagara. Enfin, l’eau comme le sang domine dans les deux œuvres. L’eau qui est toujours à proximité, l’eau image banale de la vie mais qui ne sert pas aux héros vampires, Eve dit dans le film que Détroit revivra car il y a de l’eau; échos aux préoccupations écologiques et à la guerre future de l’eau. Aujourd’hui dans Jarmush et Twain, épisode 2, on s’intéresse à l’univers intime de la maison, le nid, le refuge.

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Photo par Annie Lebovitz

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Dans le désir d’accompagner ses personnages dans des extérieurs dangereux pour eux, le cinéaste s’attache à recréer leur intérieur respectif, dans une dialectique du dedans et du dehors chère à Bachelard dans La poétique de l’espace. Adam artiste torturé, musicien secret et énigmatique est entouré par des instruments de musique, un intérieur sombre voire obscur, relié comme un grand malade à ses machines d’un autre âge, les fils électriques parcourent les espaces clos, confinés, fermés et protégés des curieux et ouverts uniquement à une personne qui fait le lien. Le monde extérieur représente un danger en permanence, il faut s’en protéger absolument. Mais, paradoxe, ce monde est aussi détesté qu’indispensable à la survie d’Adam et d’Eve ; ils doivent négocier (surtout Adam) avec les humains (les « zombis ») avant de vite s’enfermer dans leur univers.

Cependant, tout le temps, Adam est visité par des jeunes, admiratifs de la musique mystérieuse et obsédante qu’il crée. Et la nuit, la lumière faible est perçue de l’extérieur comme un signe de vie, un espoir pour les autres, « la lampe à la fenêtre est l’œil de la maison » écrit Bachelard qui ajoute « la lampe veille, donc elle surveille. Plus étroit est le filet de lumière, plus pénétrante est la surveillance ».

Dans le Journal d’Adam, l’homme est aussi sans cesse en recherche d’intimité, d’enfermement alors que l’espace s’ouvre à lui, infini. Il passe son temps à grimper aux arbres et à se construire des cabanes, il fuit la présence d’Eve au début, effrayé par cette créature qui s’invite dans sa vie et qu’il ne comprend pas.

Eve, comme elle le revendique dans son journal, est une personne sociable. Dans le film, elle se lie plus facilement aux autres avec une distance élégante donnant à ce personnage une certain douceur. Son intérieur, tout comme celui d’Adam, est un nid raffiné et structuré malgré le désordre livresque qui l’habite, une ambiance surannée, un peu poussiéreuse, « une maison-nid n’est jamais jeune. (…) On y revient, on rêve d’y revenir comme l’oiseau revient au nid (…). Ce signe du retour marque d’infinies rêveries. », et surtout ce que Bachelard note et qui pourrait définir le film « sur les images rapprochées du nid et de la maison retentit une composante intime de fidélité ».

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A suivre demain pour l’épisode 3 !

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