JOUR 3 – L’HORREUR PSYCHOLOGIQUE : Les analyses n’aiment pas la psychologie.

JOUR 3 – L’HORREUR PSYCHOLOGIQUE : Les analyses n’aiment pas la psychologie.

Souvent et de plus en plus, on lit dans la presse ou on entend à la TV des critiques louer l’absence de psychologie dans un film, un livre… Mais comment comprendre cette méfiance de la « connaissance de l’âme humaine » (merci Robert). On comprend mieux l’accueil mitigé du film de Cronenberg A Dangerous Method mais il est un peu gênant de voir l’horreur psychologique gagner du terrain.

D’abord, il me semble que la confusion entre psychologie et psychanalyse soit entérinée. Pour mémoire la psychologie existe depuis la nuit des temps et la psychanalyse est une approche différente de la discipline. Ensuite, la psychologie serait en cause dans la lourdeur de certaines fictions entravant la fluidité de la lecture et alourdirait la description des personnages. Enfin, il faut bien le dire le désamour psychologique a gagné du terrain au niveau privé. Après avoir été à la mode, il fallait bien qu’elle connaisse son purgatoire ; de plus en plus, on cache ses états d’âme en les parant de placebos plus ou moins virtuels et la pensée positive cache quelques béances dont on se prive bien d’observer. Mais aussi, la psychologie de bazar a envahi notre quotidien, dans la multiplication d’articles « grand public », de solutions à la petite semaine pour se sentir mieux, d’ouvrages sur le développement personnel, de coachs spécialisés ès-cerveau… Bref, du tout et du n’importe quoi.

Ce qui est privilégié, c’est le corps. On peut entendre ce genre de chose dans la presse : Ah enfin pas de psychologie, on est heureux de voir un corps en mouvement. Ok. Donc, le corps séparé de l’esprit. Oui la problématique corps/esprit, c’est au moins aussi ancien qu’un vieux Platon. Ce n’est pas si grave de valoriser le corps (nous vivons en plein dedans), au contraire, mais ça devient gênant quand on le débarrasse de toutes pensées. « Le corps (…) informe la pensée » (F. Gros). C’est une bonne définition. Un corps en mouvement est aussi un être qui pense, qui ressent et éprouve des sentiments grâce au plaisir ou au déplaisir procuré par le corps. Un corps en mouvement sans pensée c’est un zombie. Qui voudrait voir la fiction peuplée de zombies ? Les lecteurs n’en veulent pas j’en suis sûr. Et les expressions populaires comme « penser avec son ventre » ou « penser avec son cul » n’ont jamais signifié quelque chose de positif…

Dernier point, l’ellipse. On entend que l’ellipse évite la psychologie. Par la mise sous silence d’éléments explicatifs dans une logique d’actions, on sauverait nos personnages de fiction de la psychologie (encore elle). Non, non, l’ellipse est un résultat, le lecteur ou le spectateur est dans l’obligation de retracer le parcours du personnage et cherche les indices pour remonter à la source de sa pensée. Ce n’est pas un évitement, ni une solution scénaristique, c’est un raccourci qui amène au cœur du problème, une figure de style. Elle nous oblige à être actif mais elle ne sauve pas de la psychologie, au contraire. La plus belle ellipse au cinéma ces dernières années est celle du Silence de Lorna des frères Dardenne.

La pensée du corps rend les corps d’autant plus beaux.

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Dernier ouvrage paru Briques à branques, Editions Cours Toujours. (Autres titres parus : Los Angeles 32, Michalon, 2008 / Les voyages égoïstes d'Antoine Ordana, Barley, 2010 / Mazurka, Mercure de France, 2012) filipemoreau@orange.fr
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