THE CULTURE EST UNE FÊTE FORAINE #1

Une jeune femme m’aborde.

— Ohhhh mais il paraît que tu es auteur. Mais c’est génial, moi aussi j’adôôre lire, j’adôôre j’adôôre..

— …

— Hum, oh c’est bête son nom m’échappe, j’adore heu… Marc Levy. Tu vois qui c’est ? tu aimes ?

— …

— Ouais, j’adore mais finalement c’est toujours pareil.

— …

— Du coup, je suis passée à Musso. Rooo Musso, j’adore.

— …

La culture est une fête foraine. 1 : pêche aux canards en plastique

La culture est une fête foraine. J’en étais à la fin de la lecture du livre de Frédéric Martel, J’aime pas le sarkozysme culturel, quand la comparaison entre les deux s’est imposée. Tout le monde connaît la foire qui correspondait autrefois avec des fêtes religieuses et qui était un lieu d’échanges économiques de première importance dans le monde médiéval.

Dans ce brûlot, état des lieux vigoureux de la culture en France depuis cinq ans, on apprend comment elle est négligée et ce au plus haut niveau de l’Etat. L’auteur décrypte les hommes et les institutions, condamne les nominations de complaisance et le manque de hauteur de la politique culturelle française, telle qu’elle se pratique sur le territoire, telle qu’elle se met en place à l’étranger (et ce qui semble être le plus urgent à rétablir). Scandale des nominations, scandale de commissions autant incompétentes qu’inutiles… Que la culture soit au service du prince, rien d’étonnant, les artistes missionnés depuis le Moyen Age (et même largement avant) pour célébrer la grandeur de la personne royale est une antienne usée jusqu’à la corde. Mais qu’elle soit encore en pratique avec un tel aplomb sidère. Et que cela soit accompagné d’un tel gâchis économique… Comme l’écrivait Susan Sontag « (…) la politique est, comme l’histoire, d’un bout à l’autre concrète. (Assurément, il n’est personne qui, réfléchissant vraiment à l’histoire, puisse prendre la politique au sérieux.) » (Devant la douleur des autres).

Lisez ce livre tout de même ; les portraits au vitriol des responsables culturels sont vraiment drôles et l’analyse de la culture du Président lui-même est un régal. Pour ma part, ce qui me choque, ce n’est pas tant le système de nominations de gens incompétents (nommés car ils ont un réseau d’enfer et nourrissent des amitiés utiles), je suis fataliste sur le sujet et je ne suis pas certain que ce genre de procédés disparaisse même si la gauche viendrait à prendre le timon des affaires.

Non, ce qui me dérange c’est la vulgarité institutionnalisée, le manque de maîtrise de la langue du chef de l’Etat (il rencontrerait des difficultés avec les négations d’où le fameux « j’aime pas » du titre) qui a des effets que l’auteur du livre ne soulignent pas. Effectivement, le manque de culture du président a décomplexé beaucoup de personnes. Je n’ai jamais autant entendu dire depuis cinq ans, Ah moi je n’ai pas de culture, je m’en fous, c’est pas ça qui fait gagner de l’argent. Voilà le problème essentiel, cette attitude décomplexée qui est une bonne raison de ne pas nourrir sa curiosité quelle qu’elle soit. Je pense que depuis 2007 on a accompagné ce désengagement et on l’a nourri. Il semblerait que les Français attendent autre chose… Enfin, le dernier aspect risible de notre pêche aux canards est l’hypocrisie totale. Martel fustige l’association de Carla Bruni qui a pour grande et noble mission de lutter contre l’analphabétisme avec des subventions de l’Etat pour faire tourner la boutique. Il se trouve que cette association n’a apparemment jamais rien fait de concret. Deux jours après la sortie du livre, Carla Bruni montait au créneau et lançait une nouvelle campagne, mission promotionnelle, coup de pub et grosse hypocrisie.

Trop de bavardages et comme disait Plutarque Tais-toi, mon petit ; le silence a bien des beautés car n’est pas grand orateur qui veut.

Vincent Eloy, Jaurès en 1910

A suivre…

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A propos godsaveculture

Dernier ouvrage paru Briques à branques, Editions Cours Toujours. (Autres titres parus : Los Angeles 32, Michalon, 2008 / Les voyages égoïstes d'Antoine Ordana, Barley, 2010 / Mazurka, Mercure de France, 2012) filipemoreau@orange.fr
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