ANTIGONA

L’Europe se couvre de givre et la mémoire essaye de se figer. En Espagne, l’Histoire n’en finit pas d’être débattue, et pour ceux qui croyaient que la Guerre civile (1936-1939) et le franquisme étaient des épisodes douloureux mais clos en sont pour leurs frais. Rien n’est encore réglé. Le juge Garzón, juge médiatique qui a réussi à coincer Pinochet et qui a fait, des crimes franquistes son cheval de bataille, mettant son prestige acquis à lutter contre les dictatures contemporaines, sa compétence et son opiniâtreté au service de combat.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ces événements, Le Monde s’est penché sur le sujet et c’est par là : http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/01/31/baltasar-garzon-un-superjuge-devenu-encombrant_1636714_3214.html.

L’obstination des familles à reconnaître publiquement des crimes du franquisme, relayé par le travail acharné de l’Association espagnole (http://www.memoriahistorica.org.es), est sans faille. L’enjeu est multiple : faire reconnaître les crimes du franquisme comme crimes contre l’humanité, reconnaître au niveau national ces crimes et pénaliser les exactions faites pendant et après la Guerre civile. Autre strate de ce combat, l’ouverture des fosses communes où des milliers de victimes ont été jetés sans sépulture digne, et permettre aux familles de récupérer les corps et d’en terminer avec un interminable travail de deuil.

Sur ce sujet, sur l’édition DVD du fameux Mourir à Madrid, on trouve un documentaire retraçant l’ouverture des fosses, la mobilisation nationale et internationale (des étudiants venus des quatre coins de l’Europe viennent pour aider).

On pourrait dire qu’elle s’apparente au combat d’Antigone et nous fait penser aux mots de George Steiner : « Il ne s’agit pas pour autant d’une révolte contre l’autorité mais du statut du mort dans la famille, de sa représentation pour l’être aimé. C’est ce qui diffère, du crime ou du châtiment, de l’honneur et de l’ensevelissement. Antigone n’admet pas cette distinction, elle refuse, au nom d’une éthique de l’amour sans que celle-ci soit empreinte de révolte, d’être certaine que le jugement d’outre-tombe sera le nôtre. »

Sujet historique mais qui nous revient avec une actualité gravement actuelle. Il est évident que, face à cet enjeu espagnol, nous soyons aussi concernés.

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Dernier ouvrage paru Briques à branques, Editions Cours Toujours. (Autres titres parus : Los Angeles 32, Michalon, 2008 / Les voyages égoïstes d'Antoine Ordana, Barley, 2010 / Mazurka, Mercure de France, 2012) filipemoreau@orange.fr
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